Ces deux mots si usuels sont si souvent aux antipodes dans la pensée de la majorité des gens. L’histoire et la culture nous amèneraient à comprendre d’où ce clash entre l’homme et les émotions de peine et de souffrance proviennent, les écueils de la société patriarcale des générations précédentes ayant attribué ces sentiments à la gente féminine plutôt qu’à l’homme avec un grand H. Cette simple appellation de l’homme avec un grand H laisse supposer une force, une notoriété et toute la pression qui puisse y être reliée.

Cette peine, cette souffrance est toutefois bien réelle, chez l’homme comme chez la femme. Elle s’exprime différemment certes, par la colère, la rage, la violence, la fuite, les comportements à risques ou l’isolement. L’homme perdrait sans doute son H majuscule s’il demandait une quelconque aide à ses amis ou venait qu’à dévoiler sa souffrance. Nul ne veut être victime, ne veut être celui qui se plaint. Déceler un homme en détresse est ainsi très difficile puisque la demande à l’aide n’est ni claire, ni précise, ni assumée dans la plupart des cas. L’homme moyen aura moins tendance à chercher de l’aide par lui-même, à nommer sa détresse ni même à en reconnaître l’ampleur, à aller chercher des services. Après tout, c’est lui l’homme avec un grand H!

Ampoule représentant un Centre de crise

L’homme a toutefois besoin d’être entendu, d’être compris, d’apprendre à laisser cette grande tristesse exister et de pouvoir l’exprimer. L’homme en détresse, en crise, n’a plus de repères. Il se sent vulnérable, peut-être pour une des premières fois de sa vie. Il a le vertige, il a l’impression de perdre le contrôle sur sa vie. Il craint que tout s’écroule en un coup de vent, il se sent comme un funambule et a parfois envie de simplement se laisser tomber dans le vide plutôt que de vivre avec cette phobie de perdre le contrôle. L’homme ne parlera toutefois pas de suicide, il aura des idées noires. Il ne nommera pas la dépression, mais n’arrivera plus à fonctionner. Fidèle à ce qu’un homme se doit d’être, il définira par ses actions la croissance de sa détresse. On verra l’homme avoir des problèmes à son emploi, il se dira fatigué ou épuisé. Il sera imprévisible, impulsif dans ses actions et dans ses décisions. Il ne prendra plus soin de lui comme avant, il prendra ou perdra beaucoup de poids. Il n’entretiendra plus son logement ou encore se promènera d’un endroit à un autre, en cohérence avec toute cette instabilité intérieure qu’il vit. Il utilisera la fuite, par la consommation, par le jeu, par le sexe, pour oublier ce vide qui l’habite, pour arrêter de penser. À l’intérieur, il est de plus en plus envahi par l’idée de mettre un terme à ses jours, l’option du suicide de cristallise à chaque instant.

Puis, l’homme aura de l’aide. Une aide adaptée au fait qu’il soit un homme. Sans négliger que les relations équitables doivent exister entre les hommes et les femmes, l’intervention a toutefois avantage à être modulée face à cette détresse masculine qui se vit en général différemment. La pratique démontre que l’approche brève axée sur la recherche de solutions, par exemple, répond bien au besoin des hommes de se mettre en action pour se sortir de leurs difficultés. Ce besoin d’être en action est un des mécanismes de défense présents chez l’homme, qui l’aide à de belles réalisations, mais qui peut aussi être un danger en cas de crise puisque cela l’amène à une impulsivité dans ses choix et actions. Bien soutenu et orienté par contre, ce mécanisme sera un levier vers la reprise de sa vie en main.

Avant qu’il soit trop tard, l’homme sera soutenu pour se raccrocher. À sa famille, à ses enfants, à un(e) conjoint(e), à ses espoirs, à ses rêves, mais surtout, il se raccrochera à lui-même.

Le taux de mortalité par suicide au Québec est trois fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes.

Les centres de crise existent pour l’aider lui, pour l’accueillir en considérant sa réalité, sa façon de vivre sa détresse. Parce que l’homme avec un grand H peut se conjuguer avec la détresse, mais surtout avec le soutien, l’aide.

Vous vivez une situation de crise ou constatez des signes de détresse chez quelqu’un de votre entourage, demandez de l’aide rapidement. Vous pouvez en tout temps contacter le 811, option 2 (Info-Social). On vous dirigera vers le service approprié ou le centre de crise de votre région.

Quelques ressources :

Faubourg (centre de prévention suicide) : (450) 569-0101

Association québécoise de prévention du suicide : https://www.aqps.info/